Comme Texex avait commencé à vous le raconter, nous avions vécu toutes sortes d'événements incohérents, anormaux et absurdes, comme voir tous ces Wanted sur les murs, ou ce soi-disant défunt prêtre prêchant sur les docks. L'attaque subie à l'intérieur même du Front, à l'intérieur de St-Louis ou nous sommes, si ce n'est des héros, du moins assez bien bus par la plupart des gens qui nous connaissent, était proprement incroyable, bien que nous ayons dû précédemment y tuer le patron qui en voulait à nos vies. Ce dernier était possédé par, nous l'apprîmes plus tard, le Maître des Poupées, un sombre huckster qu'il vaut mieux ne pas connaître.
Mais ceci était encore relativement conventionnel par rapport à la suite des événements. Nous avons eu droit à une bataille rangée en bonne et due forme, en pleine rue, face à des soldats en uniforme que reconnut Ichabod qui est, je le rappelle, un fidèle sujet de Sa Très Gracieuse Majesté La Reine d'Angleterre.
Nous avons eu droit ensuite à une visite d'une église chrétienno-maya, plein de symboles et idéogrammes qui me sont passablement familiers, de par mes origines, mélangés aux habituelles croix et vitraux. J'eus personnellement droit à une petite attention car, vu qu'apparemment il était possible de rencontrer des personnes défuntes, je m'étais mis en tête de retrouver mon ancien maître et chaman, El Chura.
Au détour d'une rue, je vis deux yeux me fixant, dans la pénombre d'un avant toit. En m'approchant, je finis par distinguer une silhouette recroquevillée sur un rocking chair, se balançant calmement. Approchant encore je finis par reconnaître ce qui semblait être une momie de El Chura, les orbites vides mais brillantes. Les nouveaux arrivants ne seront pas autrement étonnés d'apprendre que mon maître n'a jamais été momifié, et j'en sais quelque chose, c'est moi qui l'ai enterré, après qu'il m'ait fait promettre de tuer au mépris de ma propre vie tout créature maléfique ressemblant de près ou de loin à ce Wendigo des montagnes qui massacra tout mon village.
Ce fut l'évènement qui termina de planter le clou de mes doutes
dans le mur de mon incrédulité. Remarquez, ceci me permit au moins d'y
accrocher un peu de compréhension, pour m'exprimer par métaphores (ou
est-ce sémaphores ? il faudra que je le demande à Sir Armitage). Nous
étions bien à St-Louis, certes, mais pas la St-Louis du monde que nous
connaissons, et ça, ni Hunahpu ni Xbalanque ne le contrediront. Nous
étions dans un plan différent, un monde ou errer sans but précis ne
vous mêne nulle part et ou le simple fait de vouloir aller à un endroit
précis vous y mène à coup sûr. Mais c'était aussi une réalité ou nos
mauvais souvenirs nous revenaient, déformés et sans aucun souci de
cohérence, et ou ceux qui n'ont aucun rapport prennent un malin plaisir
à s'entremêler de la façon la plus dérangeante qui soit. Ce n'était
rien d'autre que le monde des escapades nocturnes, ce monde qui s'ouvre
sous le lit des plus jeunes pendant la nuit. C'est le monde des mauvais
rêves, celui des cauchemars.
Et un sombre emmerdeur nous y avait enfermé afin de nous y faire crever à petit feu.
Mais le problème de ce gars, comme nous le découvrîmes plus tard, était qu'il était obligé de s'enfermer avec nous pour nous piéger. Du coup, il suffisait de vouloir trouver le responsable de ce foutoir scabreux pour se retrouver nez avec son manoir, son hall, la porte de son bureau, son bureau et finalement sa personne. Je ne vous cache pas que tout le Posse en avait tellement gros sur la patate que nous ne nous sommes même pas donnés la peine de massacrer les apparitions qu'il invoqua lorsque nous fîmes irruption dans son bureau. Le groupe au grand complet les contourna afin qu chacun puisse appliquer méticuleusement le canon de sa pétoire sur un coin de la tête du gros malin. Malgré bon nombre de protections magiques non négligeables, les rafales incessantes déversées sur ses frêles tempes par des calibres tous plus indécents les uns que les autres eurent finalement pour effet de
nous réveiller
Et s'il faut vous donner une preuve de ces évènements, je me contenterai de vous mentionner le vide sidéral des barillets de mes flingues quand je me suis réveillé, et le manque flagrant de balles sur la ceinture de mes holsters.
Et maintenant, je me permets de passer la main, en ce qui concerne la narration, à n'importe quel membre du gang désirant s'exprimer...
Chuan Xotacl, dit « Le Péruvien »
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