Une odeur de cuir ciré mêlé de parfum féminin emplit le petit
habitacle. Il fait froid. On entend un claquement de sabots dominant la
musique de la pluie s'écrasant sur le toit du fiacre. De temps en
temps, une secousse viens rompre la monotonie du pavé faisant grincer
toute la voiture. Le silence relatif est rompu par un bruit de bottes
cadencé. Toute autre source de bruit est noyée, l'espace s'emplit de
cliquettements et de voix graves ce fendant de temps à autre d'un rire
de taverne. Puis, la patrouille s'éloigne et, petit à petit, la pluie
reprend ces droits.
Le fiacre s'immobilise à l'injonction d'une voix forte,
autoritaire. Le blessé ouvre les yeux. Tout le coté droit de son buste
n'est qu'une douleur sourde que rythme les battements de son coeur. Il
sent quelque chose de chaud collant son pourpoint. D'un regard, il
jauge sa situation. Il est étendu sur une banquette de cuir, recouvert
par une cape sombre au tissus soyeux. Les deux portent du fiacres sont
munies de fenêtre. L'une a le rideau tiré, l'autre est occupée par une
femme qu'une torche éclaire chichement. Des reflets d'or s'accrochent à
sa chevelure ramenés sur la nuque en un chignon complexe, quelques
mèche s'en échappent et descendent le long de son cou gracile. La robe
est bleu nuit, légère, elle laisse se deviner une taille fine. Son
échancrure fait apparaître des épaules à la musculature de félin. Un
murmure de voix se fait entendre. L'une est capricieuse, exigeante,
féminine. L'autre est grave, empruntée, masculine. Un soupir soulève
les épaules de la dame alors que sa main disparaît dans l'ombre de
l'habitacle. Elle revient avec un bourse rebondie.
- Pour toi et t'as troupe, buvez un verre après votre service,
vous êtes si courageux de traquer cet assassin par un temps pareil !
- Pour sûr ma Dame qu'on va l'coller et l'balancer au Châtel ! Allez les gars ouvrez c'te porte, ce soir, c'est ma tournée !
Et au gardes de crier leurs approbation. Un bruit sourd suivit d'un
grincement indique que la porte s'ouvre. La femme se rassoit sur la
banquette, son regard accroche le sien, un regard brun, chaud, pourtant
il frissonne. Dans la pénombre un sourire étire ses petite lèvre,
faisant apparaître deux petite fossettes lui donnant un air faussement
enfantin.
Les chaos de la voiture se fonds plus régulier, plus rude aussi.
Les rues sont animées, on entend des crieurs ventant tel ou tel
établissement, des marchands ambulant emplissent les rues d'odeur de
saucisse ou de pains d'épice. Une rumeur de foule s'ajoute à la
confusion de sons et d'odeurs traversant par moment l'espace. La
lumière chaude des taverne illumine de temps à autre les rideau du
fiacre, déformant les ombres de manière fantasmagorique. Les passants
deviennent des être difforme, inquiétant et pourtant familier. La femme
ne le quitte pas de yeux, impassible.
Petit à petit, la foule aux sons et aux senteurs bigarrées ce mue
en une rumeur de ruine, de pauvreté. Les sabots des chevaux ne claque
plus sur le pavé, c'est de la boue qu'ils foulent à présent. Des
gémissements ce font entendre par moments, une odeur d'ordure empuantit
l'air. Quelque part un cri retentit. De temps à autre des ombres se
pressent contre la voiture. Certaines demandent l'obole, d'autres
proposent leurs corps contre quelques pièces. Ces âmes damnées sont
chassées d'un coup de fouet lancé par le cocher. Enfin, après maints
tours et détours, l'attelage s'immobilise. Tout n'est que formes
indistinctes, noyées dans une brume rougeâtre, il ne sent plus ses
muscles, quelqu'un le saisit. Il est porté par une ombre immense
enveloppée de ténèbres. Dans les bras de cet être il voit des façades
miteuses ce presser de tout coté. Une lueur venant d'un trous dans le
sol d'une dizaine de mètre de diamètre les teint de couleurs
infernales. Avant de sombrer vers l'inconscience, le Passeur impuissant
assiste à sa longue descente le long d'un escalier de bois faisant le
tour de cet Abysse. En bas, des toiles de tentes projettent sur leurs
murs des forment qui n'ont plus rien d'humain. C'est sur cette vision
que les gargouilles emplissent l'obscurité dans laquelle glisse le
blessé
Les mouches, scène 3
Par Chimel, jeudi 29 janvier 2004 à 18:42 :: Nouvelles :: #45 :: rss
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