Enrico
Par Ezechiel, dimanche 20 juin 2004 à 07:35 :: INS / MV :: #138 :: rss
... encore un coup droit dans le ventre... depuis plusieurs heures déjà Enrico n'avait plus la force de contracté ses abdos et chaque coup de poing lui arrachait des grimaces de douleur...
"Putain d'enfoiré, tu vas avouer, c'est toi le responsable de ses crimes.."
"Ecoute Lucien, avec tout ce qu'on lui a refilé, y'a pas moyen qui mente. Ca fait 72 heures qu'on le cuisine, la garde à vue se termine dans dix minutes, légalement, on peut plus le garder."
"M'enfin, c'est tout juste si on l'a pas attrapé en flag' ?!?" "Bordel, je sais. Mais t'as pas entendu de "au mauvais endroit au mauvais moment" ? Il sortait du même immeuble, mais c'est tout. Et pis regarde, le détecteur, il bouge pas d'un cheveu. Merde, c'est qu'une fiote, pas un super-agent secret. On l'a tabassé, il a trois côte cassées, plus de machoîre, même l'eau glacée et l'électricité, tous les trucs que j'ai vu faire en Irak, rien, il a toujours nié être le responsable." "Et merde... la bavure."
"MEC, T'ES LIBRE, MAIS SI TU MOUFTES, ON TE RETROUVE, ON TE CASSE."
Le regard de Maurice se fit une fois de plus perçant, et une fois de plus rien. Maurice ne se sentait pas très bien, jamais il ne s'était trompé, et là son pouvoir ne donnait rien pour la quatrième fois. Ca voulait dire que durant trois jours ils s'étaient relayés à torturer un innocent ? Pourtant... les circonstances...
... Trois jours plus tard...
"Mein Métre trouffe ke fotre A nékatif est doud a fait goudeux."
Mais merde, qu'est-ce qui avait couillé se demandait Lucien. Attaché à plat ventre sur la table de la cuisine, ces cinq dernières heures avaient été les plus horribles de son existence. C'est ainsi que le vitrio-violeur de Paris s'y prenait pour mutiler tant ses victimes ? C'est ça la douleur qu'on ressentait lorsqu'une ponceuse vous mettait les chairs à vif ? Il avait espéré que l'inconscience le plongerait dans l'oubli, mais chaque fois quelques gouttes d'ammoniac dans les yeux le réveillait, ou alors un peu de soude sur ses plaies... au moins ces brûlures lui faisaient un peu oublier ses entrailles déchirées par "Das Iniziation aux Blaizirs" que ce malade lui avait fait subir.
Pourtant il l'avait cuisiné ce travelo brésilien, il aurait parlé s'il avait eu quelque chose à dire.
"Comme mein Métre ne peut plus mortre, il fa defoir utiliser une paille."
Et d'abord c'est quoi cette espèce de relique de la seconde guerre, tout frippé et fort comme un ours ? Il l'appelle maître ? C'est quoi, une secte ? Entre deux sursauts - il ne hurlait plus, dès le début on lui avait sectionner les cordes vocales - les questions se succédaient dans l'esprit de Lucien. Ca n'allait plus durer. Il était temps que cette journée de merde se termine, elle avait déjà tellement mal commencé quand Maurice avait été fauché par un chauffard complèment shooté.
Une fois attrapé par les flics, il aurait dit que "des voix lui ont ordonné de foncer sur Maurice". Des voix avec un accent espagnol en plus.
Tout ça n'avait plus d'importance.
"Affant de mourir, mon métre tient à ze que fous sachiez k'il ne fout à chamais menti. Il n'est pas rezponzable du mazacre tes douzes familles. Il é innocent. Il n'a fait k'obéir au z'ordres. Alors il ne peut pas être denu pour rezponzable. Fous comprenez ? Zé un peu komme moi à Dachau. Mais à Nüremberg, personne ne m'a kru."
"Sllluuuurrrrrp..." fut le dernier son qu'entendit Lucien avant de mourir.
Enrico s'essuyait ses lèvres avec un mouchoir en satin rose. Il grimaçait, elles étaient encore tuméfiées par "le traitement irakien". Il jeta un dernier regard, presque triste, au corps de Lucien et pensa "Pardonnez-leur Seigneur, mais je devais les punir pour m'avoir torturé alors que j'étais innocent."
"Mein Herr, le TéChéFé pour Lausanne part tant une heure, nous afons chuste le demps de l'addraper. Nos zercueils ont décha été lifrés dans le zimetière de Bully."
....
"Contrôle des billets, oui merci monsieur". En rendant le billet le contrôleur glissa discrètement une petite enveloppe. En s'éloignant il pensait, "Il est bien cet Enrico dans le fond, ça aurait été dommage de le perdre. Il obéit sans discuter, même si "Camarilla sur Creil" était une mission sacrifice. Enfin, fallait bien détourner l'attention de la police pour réussir l'autre opération, alors tôt ou tard, les flics l'auraient eu. Et là, malgré 72 heures au détecteur de mensonge, ils ont rien trouvé. Et même l'emplumé n'y a vu que du feu, pourtant il me semblait qu'il savait nous détecter. Faudra que je lui demande à l'occasion comment il a fait. Je vais garder un oeil sur lui."
Alors que les analgésiques berçaient Enrico dans son fauteil de première classe, une brève pensée, lui traversait l'esprit "Bien heureux les simples d'esprit car le royaume des Cieux leur appartient." Et un sourire de béatitude illumina son visage alors qu'il s'endormait comme... un bébé.
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